TRIBULATION N°19 - Décembre 2003

En quête virtuelle

D’un mec réel

 

Je croyais avoir tout essayé. Tout tenté. Oublié tous mes tabous. Mais non. Je n’avais pas encore testé le must du must de notre belle époque : les rencontres sur internet.

Entendons nous bien : je n’en suis pas arrivée là par dépit. Je sais très bien que quand je veux, je claque des doigts et hop, le mec est dans la couette. Le problème c’est que je ne claque pas super bien des doigts. Par contre cliquer sur une souris, je sais faire, et comme il paraît que les sites de rencontres virtuelles sont du dernier chic… J’ai arrêté le claquage de doigts, et je me suis lancée sur la toile…

Tricher, juste ce qu’il faut

Au demeurant, l’entreprise s’avère plutôt du genre fastoche. Même pour une handicapée de la technique comme moi. On se rancarde auprès des copines pour trouver the site ultra tendance, et voilou. Sur la page d’accueil, les sourires ultrabrite d’étalons clamant leur joie d’avoir enfin trouvé la perle… Et des bimbos tout aussi crédibles racontant comment elles ont craqué sur l’homme qui les a enfin comprises. Ouais.

Etape n°2 : s’inscrire soi-même. J’insiste sur le soi-même, parce que bon, comme ça c’est vachement marrant d’aller voir tous ces pauvres célibataires qui sont tout de même tombés bien bas… Mais quand il s’agit de se rappeler que soi-même, justement. C’est plus pareil du tout. Cependant, faut y aller. Mettre de côté son amour-propre, croire à fond à vos copines qui vous jurent que « c’est super fun, tu vas a-do-rer», et faire fi de cette petite voix intérieure qui vous susurre que vous êtes encore en train de vous fourvoyer dans la pire des galères qui soit…

Et se lancer, donc. Trouver un pseudo ni trop lambda ni trop évocateur d’une quelconque pub pour le 3615 sex machine (bannir en gros tous les prénoms en « a », genre ulla…). Remplir votre petite fiche de renseignements en arrangeant la vérité juste ce qu’il faut. A savoir, indiquer le poids de quand vous aurez fini le régime d’hiver que vous n’avez pas encore entamé ; ne pas trop insister sur votre petite tendance à vider la bouteille de Chardonnay dès que ca va pas ; et dernier détail qui tue, jurer cracher que vous ne fumez pas, de toute façon ce n’est pas un  mensonge, vous allez bien finir par arrêter.

Trouver le bon

Et voi-là. Laisser reposer et attendre que ça prenne. Mieux vaut faire ça qu’une pâte à tarte, tout au moins question temps de pause. Ensuite, les goûts et les couleurs hein… J’ai eu des vieux, des jeunes, des moches et des beaux (sur la photo), des gros, des vicieux, des poètes, des pressés, des paumés… Si c’est pas faire des ravages, ça ! De quoi me regonfler l’ego, et m’aider à passer l’ultime épreuve : celle de la rencontre « en vrai ».

C’était dans un café du port. J’avais mis un point d’honneur à arriver en retard, et en entrant je l’ai repéré tout de suite. Il était pas mal, assez brun ténébreux avec son gros pull et ses lunettes sur la tête, en train de faire semblant de se passionner pour « Le Monde ». Je l’ai charrié et il m’a offert un verre. Le lendemain matin, je lui ai demandé pourquoi il m’avait choisie moi, parmi tant d’autres. Il a eu l’air surpris et m’a répondu qu’être abordé par une parfaite inconnue alors que vous êtes juste venu boire un café peinard, ce n’est pas si courant…

Je me disais bien, aussi, que l’autre mec, tout seul à sa table, me regardait d’un œil bizarre…

              

Soaz