TRIBULATION N°15 - Juillet / Août 2003

Dé-bor-dée. Depuis que je n’ai plus boulot, je n’ai plus une seule minute à moi... Si on m’avait dit que chômeur, c’était un métier à plein temps, je ne sais pas si je n’aurai pas changé d’orientation, moi. 

Au départ, pourtant, je ne m’en faisais pas. Après tout, avais-je naïvement pensé, faut bien que ça serve à quelque chose l’ANPE. Comme à trouver un travail aux chômeurs, au hasard. Eh bien figurez-vous que pas du tout. « Avec votre profil, je ne vous cache pas qu’on ne va rien pouvoir faire pour vous… », m’a aimablement expliqué la petite dame employée par l’Agence nationale pour l’emploi. J’ai trouvé ça mesquin de sa part. Je sais que j’ai pris quelques rondeurs depuis ma cessation d’activités professionnelles mais tout de même…

Vous avez dit PARE ?

« Malgré tout, vous avez droit au PARE », a-t-elle tenté de se rattraper… N’ayant pas tout saisi de sa savante explication sur la chose, j’ai décidé d’attendre de voir. Un mois plus tard, j’ai trouvé la signification de ce sigle barbare : Plan d’aide au retour aux emmerdes. Je m’explique.

Théoriquement, la chose consiste à être payé à ne rien foutre, en attendant qu’on vous trouve un boulot sympa et bien payé. Mais, mon profil débordant visiblement du cadre prévu, mon PARE à moi a surtout consisté à faire comme je pouvais en attendant qu’on ne me trouve pas de boulot. Et ça n’a pas été de tout repos, faites-moi confiance.

Sur les conseils éclairés de ma conseillère de PARE, donc, je me suis mise à « activer mon réseau ». Ce qui s’est concrétisé par la fréquentation assidue de tous les bars, restos et autres pots branchouilles de la ville, histoire de faire savoir que j’étais dispo. Vous allez me dire que j’aurais aussi pu envoyer des CV… Ce en quoi vous avez  raison. Mais bon. En attendant, j’ai donc fait autrement, et les résultats sont venus aussi.

Du résultat

A force d’échanger coupette sur coupette ici et là, j’ai vite lié connaissance avec un monde fou. Au sens propre. Et, ma nature étant ce qu’elle est, j’y ai vite pris goût. Après tout, c’est l’été, faut en profiter… Ah ça ! Je ne sais pas si c’est l’été, mon bronzage ou les bulles du champagne, mais dans le genre succès, je dois bien avouer que je n’ai pas eu à me plaindre. Des agents immobiliers, des serveurs de bars, des avocats, des chefs d’entreprises : mon carnet d’adresses s’est vite rempli. A peu près aussi vite que mon compte en banque se déplumait. Résultat : des liaisons dangereuses, un gros souci avec mon banquier, et pas le moindre boulot en vue.

Et puis, j’ai réagi. Appelé mon banquier pour une explication sereine… Qui s’est prolongée autour d’un petit verre en terrasse sur le port, c’est fou ce qu’il faisait chaud ce soir-là. Le banquier a fini par faire partie de mon carnet d’adresses. Pas dans la rubrique pro, plutôt dans celle « celui-là je le tiens, je le lâche plus ».

Je vous avais bien dit que j’avais eu des résultats… Pas lesquels. Et puis, pour une célibataire endurcie comme moi, vous avouerez que c’est déjà pas mal, un banquier ! Pour le boulot, toute façon, il paraît qu’en ce moment, c’est pas la période idéale… Et puis peut-être qu’en septembre, j’aurai fini par comprendre comment ça marche le PARE. Allez, bonnes vacances, je vous tiens au courant.        

Soaz