TRIBULATION N°13 - Avril 2003

Je ne voudrais pas avoir l'air d'insister lourdement, mais c'est dans l'air. Et comme y'a marqué journaliste sur ma déclaration d'impôts, faut bien que je fasse semblant de suivre l'actualité. «Et t'as intérêt de te magner, parce que les sujets, cocotte. c'est rare que ça te tombe tout cuit dans le bec», n'a d'ailleurs pas manqué de me rappeler aimablement mon boss. Ca a marché.

 Chou blanc au supermarché de l’amour

 Ayant endossé la responsabilité de la rubrique «filles» du canard, je n'avais pourtant pas grand chose à me mettre sous la dent. Les régimes, c'est un peu tôt, quand même. Et toute façon, il n'est pas question que je me transforme en fashion victim des plages cette année, vu que nous en sommes à la mode du string. Sans commentaire.

Donc, il me fallait trouver sujet d'investigation à ma mesure. Dans la recherche d'un chéri, c'est ce que je fais de mieux (J'ai dit la recherche, je suis pas obligée de trouver, non plus). Le speed dating ayant fait sa place dans le coin, il me semblait logique que les épiceries matrimoniales fleurissent également avec le printemps.

Direction mon supermarché habituel.

Résumé du concept : joindre l'utile à l'agréable. A savoir : faire ses courses, tout en arborant un panier à fleurs, signe qui ne trompe pas dans votre recherche de l'élu. Ensuite, reste à trouver à quelle sauce vous avez envie de dîner le soir... Sauf que dans mon supermarché, les paniers ne sont pas à fleurs. Et que quand le gérant m'a surpris en train de tagger ses cabas en plastique, il m'a virée, direct. Toute façon, ça fait dix ans que je le fréquente, ce magasin. Entre les marries et leur chienchien, par ailleurs fort sympathiques, et les mères de famille scotchées à leur marmaille et inversement, le célibataire potable, ça fait un moment que je l'aurai remarqué hein...

 Et si on y allait en bus ?

Et c'est là que mon ange gardien est intervenu. Sous la forme d'un petit article, dans un magazine tendance. Devinez de quoi ça parlait ? Du bus dating. Si, ils ont osé. Alors, pourquoi pas moi ? Toute une semaine, j'ai fixé droit dans les yeux le trentenaire‑pas‑mal qui, depuis un an traîne chaque matin sa sacoche sur le siège d'en face de mon bus du matin. Forcément, il a fini par remarquer quelque chose. Le troisième jour, tout de même, nos regards se sont frôlés, je tenais le bon bout. C'était sûr.

Jusqu'à ce que je décide de pousser jusqu'à son arrêt à lui. En sortant du bus, il est allé direct aux pompes funèbres, pour ressortir un quart d'heure plus tard dans un uniforme qui ne trompait pas. Notez que je n'ai rien contre les pompes funèbres, mais bon. J'ai laissé tomber.

En me disant qu'à force qu'on nous le dise, il va bien finir par rouler, ce satané tramway... D'ici là, le « tram‑date» aura eu le temps de faire son lit dans les rues brestoises. Et moi... Ben vu la date à laquelle on nous l'annonce, ce tramway, j'ose espérer que mes désirs auront fini depuis longtemps par être exaucés !

 

Soaz  

Tribulation tirée de Un Autre Finistère